Violence domestique

Le pouvoir de mon père

La violence domestique revêt de nombreux visages et de nombreuses formes. Elle n'est jamais sans conséquence, du moins pour les victimes. Dans un entretien accordé au Luxemburger Wort, Linda* rompt pour la première fois le silence et raconte sa vie sous le joug d'un père violent.

La plupart du temps, cette violence reste invisible. Lorsqu'elle devient visible, il est facile de détourner le regard. La violence domestique est un problème de notre époque qui devrait appartenir au passé depuis longtemps. Mais elle est toujours omniprésente, dans toutes les couches de la société.

Linda l'a vécue de près et a gardé le silence pendant des années. Aujourd'hui, elle parle pour la première fois de ce qu'elle a vécu, raconte comment tout a commencé et à quel point sa situation semblait sans issue.

Cette violence, Linda la découvre alors qu'à 18 ans elle emménage chez son père, un policier. Même aujourd'hui, dix ans plus tard, elle a toujours peur de le revoir.

« Tout a commencé de manière inoffensive et insidieuse », raconte Linda. « Je considérais ses premiers accès de colère comme insignifiants. Je n'y ai plus pensé. » Si elle oublie de ranger quelque chose, il lui jette des objets et lui crie dessus. Mais cela ne s'arrête pas là. Et l'escalade de violence est dramatique.

« Alors qu'il s'agissait au début de vêtements et de livres, il m’a rapidement jeté au visage le contenu brûlant d'une tasse de café », raconte Linda.

 

 

« La tasse elle-même a suivi tout de suite après. »

La rage du père de famille se canalise très tôt dans la violence psychique et verbale. Il n'y a alors qu'un pas à franchir pour passer à la violence physique : « Il me bousculait et m'écrasait régulièrement le bras jusqu'à ce que cela laisse des bleus sur mon corps », poursuit Linda.

« Comme il est bien bâti et très fort, il m'arrivait souvent d'atterrir derrière lui sur le sol. Ou alors je volais à travers toute la pièce. »

Au début, Linda est sous le choc et n'ose rien dire. Cette apparente absence de réaction paraît stimuler les accès de violence du père. « Il devenait de plus en plus colérique et agressif », se souvient-elle. « Il ne supportait pas les retards. Pour le moindre petit retard, il m'interdisait l'accès à la maison et m'obligeait à passer la nuit chez une amie. »

Alors élève du secondaire, elle tente de refouler ce qui lui arrive. Avec le temps, Linda se rend compte que les accès de violence de son père ont depuis longtemps dépassé un niveau supportable. Mais par peur et par honte, elle n'ose pas quitter le domicile.

La violence atteint finalement son paroxysme, lors d'un après-midi en principe tout à fait ordinaire.

Ce jour-là, le père de famille perd complètement son sang-froid, fait irruption dans la chambre de sa fille et la jette violemment contre une armoire. « C'était la première fois que je me défendais », raconte-t-elle, « je l'ai repoussé et je l'ai immédiatement vu virer au rouge. Dans son regard, il n'y avait que de la colère. Puis il m'a poussée une deuxième fois, si fort que je me suis violemment cogné la tête contre l'armoire. Puis il a serré très fort mon cou. » Si fort que le cou et la poitrine de Linda se couvrent de bleus.

« Il était hors de lui et criait : ‘Que vas-tu faire maintenant ?’", poursuit Linda. « ‘Tu vas appeler la police ?’»

« ‘Ah non, la police se trouve devant toi !’ Puis il a ri. Ce jour-là, il portait encore son uniforme de policier. »

Peu de temps après, Linda s’est mise à chercher un travail et, comme elle disposait enfin de ses propres moyens, d’un appartement pour échapper à son père et à sa brutalité. « Le fait qu'il soit policier m'a empêchée jusqu'à présent de porter plainte. Trop souvent, il m'a menacée et m'a plus que clairement fait comprendre que je ne pouvais rien faire contre lui. »

Linda décide finalement de rompre le contact avec son père peu après son déménagement. « Il a perdu son statut de père pour moi », affirme-t-elle.