Un été 100% naturel

L'ortie, cette belle inconnue

Saviez-vous que l'on fabrique même des jeans avec ses fibres?
Stéphane Meyer ouvre sa boîte de botaniste, son inséparable vasculum, pour nous livrer ses secrets.

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L'ortie est une plante qui pousse un peu partout et qui peut atteindre jusqu’à 1,20 m. Quiconque la touche ne peut l'oublier.

Son poil urticant fonctionne comme une petite seringue qui lorsque la pointe de silice se brise déverse sur la peau de l’histamine et de l'acide formique causant des démangeaisons.

Dans les orties, on peut facilement distinguer les femelles des mâles.

Les fleurs femelles (de couleur verdâtre) sont tombantes, alors que les fleurs mâles, qui s'épanouissent sur une autre tige, sont dressées.

Les fleurs d'orties fraîches ou les graines peuvent servir de garniture pour des salades, offrant un goût noisette. Au XIIe siècle, Hildegard von Bingen en conseille l'usage pour se purifier l'estomac.

Les vieux botanistes prétendent même que les graines d'orties mâles séchées seraient un puissant aphrodisiaque pour ces messieurs...

L'ortie est un des végétaux les plus riches en protéines : 8g pour 100g de feuilles fraîches.

Les propriétés médicales reconnues sont l'effet diurétique des feuilles et l'action anti-inflammatoire des racines.

Riches en vitamines B, E et A et surtout en vitamine C (6 fois plus que l'orange), les feuilles en infusion sont efficaces contre les rhumatismes, les troubles du sommeil et de l'appétit.

Au printemps, il est possible de faire une cure détox d'eau de feuilles d'orties juste macérées une nuit dans de l'eau de source.

Les jeunes feuilles sont excellentes en potage, mais aussi sautées comme des épinards ou encore ajoutées dans une purée ou un risotto. Les plus grandes sont idéales pour être frites en pâte à tempura.

Spätzle aux feuilles d'orties

  • 300 g de farine T55 bio
  • 3 œufs bio
  • Sel, poivre, muscade
  • Un peu d'eau
  • 3 cuillères à soupe de feuilles d'orties séchées 

Mélanger tous les ingrédients, ajouter un peu d'eau pour obtenir une pâte épaisse, mais légèrement coulante.

Laisser reposer 1 heure.

A l'aide d'une planche et d'une spatule, former de petites navettes que vous poussez dans de l'eau bouillante salée.

Lorsque les spätzle remontent à la surface, arrêter leur cuisson dans un bac d'eau glacée.

Sauter à la poêle avec un peu de beurre afin de leur donner une légère coloration.

Servir avec un pesto d'orties.

Mais l'utilisation de l'ortie est bien plus ancienne. En des temps plus reculés, on en tirait des fibres pour réaliser de solides ficelles et cordages.

Une partie de l'équipement d'Ötzy, dont la dépouille vieille de 5300 ans a été retrouvée dans les Alpes, était ainsi confectionnée en fibres d'orties (son étui à couteau, sa corde d'arc ainsi que divers contenants tressés).

La racine et les feuilles peuvent aussi teindre la laine et le coton d'un joli jaune clair jusqu'à un vert olive.

Près de Thann en Alsace, une usine textile produit des jeans en fibres d'orties. Mais il s'agit d'une variété originaire du Népal aux fibres plus longues.

Il est également possible de réaliser du papier à base de ses fibres. Mélangées à d'autres fibres, elles ont même servi à fabriquer des billets de banque.

Les orties fauchées ont longtemps servi à l'alimentation du bétail et des volailles pour stimuler la croissance et la ponte.

Le purin d'orties, connu par les jardiniers, donne un excellent engrais riche en azote. Il peut servir, selon le dosage, d'insecticide et de fongicide 100% naturel.

Les maquignons en servaient à leurs chevaux de grandes quantités pour leur donner un poil brillant et pour les rendre plus vigoureux afin d'en tirer un meilleur prix.

Grâce à la silice contenue dans les feuilles d'orties, les ménagères dégraissaient les sols de pierre et récuraient les pots en cuivre ou étain.

Une légende irlandaise raconte la transformation des enfants du roi Lir en cygnes blancs par leur belle-mère jalouse. Après 900 ans de malédiction, le tintement d'une cloche d'argent leur rend leur condition humaine et la plus habile des sœurs leur confectionne des vêtements en fibres d'orties pour couvrir leur vieux corps ridé sans plumes avant de mourir.

«Nous, les enfants du roi Lir... sur les stèles de pierre, nos noms sont effacés, mais il reste la terre, au goût d'éternité ! Nous sommes les enfants du roi Lir...»

Stéphane Meyer

Diplômé de l'Ecole hôtelière de Strasbourg, Stéphane Meyer a travaillé dans différents restaurants du Grand-Duché dont le restaurant privé d'une grande banque.

Voilà trois ans, il a décidé de dédier plus de temps à sa famille et donner un nouveau sens à sa vie. Depuis, il partage notamment ses connaissances des plantes sauvages et ses recettes à travers des cours, soit en lycées, à l'école primaire Eis Schoul ou au sein de TERRA.