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Crise du logement

L'insalubrité comme unique solution

Depuis un an, Eduardo, 65 ans, vit seul dans une chambre de 14 m2 à Luxembourg-Ville.

La maison où il vit est décrépie. Les couloirs sont encombrés de meubles et d’objets abandonnés par le propriétaire.

Les six pièces ont toutes été transformées en chambres proposées à la location, y compris les combles. Il n’y a ni salon, ni cuisine.

Une odeur de renfermé, mélangée à une odeur de tabac froid, imprègne les couloirs sombres.

En montant l'escalier grinçant en bois jusqu'au deuxième étage, trois chambres occupent l’espace, dont celle d’Eduardo.

Sa clé peine à ouvrir la porte.

Eduardo paie 750 euros pour cet espace, soit presque la moitié de sa pension de 1.650 euros.

Selon le contrat de location, la chambre est officiellement équipée d'une kitchenette. Dans la réalité, il s'agit d'un petit frigo, d'un micro-onde et d’une plaque de cuisson.

Pour cuisiner ou faire la vaisselle, Eduardo doit utiliser l'évier de la salle de bain située au bout du couloir.

Il la partage avec les autres résidents.

L’urgence de se reloger et le manque de moyens financiers ont conduit le sexagénaire à accepter de vivre dans de telles conditions.

Mais Eduardo est loin d’être un cas unique.

Les chiffres sur les chambres meublées au Luxembourg sont rares et approximatifs. Car la majorité des propriétaires louent ces espaces sans les déclarer.

Dans la capitale, il existe actuellement 320 établissements déclarés qui louent des chambres meublées. Soit environ 2.500 à 3.000 chambres individuelles, selon les données de la Ville de Luxembourg.

Lors des inspections sur place, le service logement de la Ville constate des différences de loyer entre immeubles anciens et immeubles récents ou rénovés. Si les prix varient entre 600 et 800 euros par mois pour les premiers, ils atteignent entre 800 et 1.200 euros mensuels pour les seconds.

Depuis 2010, la Ville de Luxembourg effectue des inspections plus systématiques sur le terrain. Elle effectue environ 60 à 70 inspections par an.

À ce jour, il y a eu 11 fermetures totales et des fermetures partielles ont été effectuées dans 110 établissements différents.

L'association Mieterschutz, qui existe depuis moins d'un an, a reçu plusieurs plaintes, mais la plupart concernent des problèmes avec le propriétaire ou des cas d'expulsion.

« C’est en se rendant sur place qu’on se rend compte de l’état détérioré des logements », assure Jean-Michel Campanella, le président de l’asbl. « Et quand quelqu’un leur demande pourquoi vous voulez rester ici, la réponse est: ‘Parce qu’on n’a rien d’autre’. »

Les personnes concernées par les logements insalubres affichent généralement le même profil: résident d’origine étrangère, sans contrat de travail fixe et percevant le salaire social minimum.

La plupart du temps, déménager signifie avoir une réserve financière destinée à payer les frais d’agence, mais aussi les trois mois de dépôt de garantie et un mois d'avance de loyer.

Cela revient à disposer d’au moins 5.000 euros pour pouvoir louer un appartement proposé à 1.000 euros par mois.

« Ces personnes n’ont pas le choix », explique Aldina Ganeto, vice-présidente de l’association Mieterschutz. « Et les propriétaires profitent de la situation précaire des gens, parce qu’il y a peu d’offres sur le marché. »

La plupart des logements insalubres apparaissent surtout dans les petites annonces publiées par des particuliers.

C'est ainsi qu'Eduardo a trouvé sa chambre. Il a vu l'annonce dans un journal, a contacté la propriétaire et le lendemain il avait déjà un contrat en main.

Pour s’installer, il n'a dû payer que le loyer du mois en cours et un seul mois d’avance. Soit un total de 1.500 euros.

Les économies et la pension de Eduardo ne lui permettent pas de s’offrir autre chose qu’une chambre au Luxembourg.

Si Eduardo accepte de telles conditions, c’est parce qu’il a décidé de vouloir rester dans le pays dans lequel il vit déjà depuis plus de 20 ans.

« Je ne veux pas retourner au Portugal. Tous ceux que je connaissais sont déjà au ciel. Je veux rester ici », explique Eduardo. « C'est ici que j'ai construit ma vie. Le Luxembourg sera mon dernier pays. »