Les fêtes à l'heure du covid

Soirée de Noël et réveillon du Nouvel An vont prendre, partout sur le globe, une forme inédite cette année. Chaque pays va passer les fêtes “à sa sauce”, et les correspondants du Luxemburger Wort vous révèlent à quoi ressembleront leur 24 et 31 décembre.

Berlin, Allemagne

En attendant la lumière

Par Cornelie Barthelme (Berlin)

Noël ? Avant qu'un nouveau confinement ne vienne frapper toute l'Allemagne, mes amis et moi n'en avons jamais dit un mot. Comme si la fête pouvait encore être sauvée si nous nous taisions... Cela n'a pas fonctionné. Et maintenant nous nous disons surtout ce que nous n'allons pas pouvoir faire!

Je ne passerai donc pas le déjeuner de Noël avec la famille de ma filleule, comme habituellement. Désolé, mais mon travail ne me permet pas de me mettre en quarantaine une semaine à l'avance. De plus, je ne rencontrerai pas autant de membres de ma famille que possible pendant trois jours, comme je le fais traditionnellement. Les rendez-vous tant appréciés avec mes anciens amis d'école ou de l'université ont, eux aussi, été annulés. Certains d'entre nous n'iront même pas dans leur village natal cette année, se contentant du plus petit noyau familial possible pour passer ces fêtes.

En guise de substitut, nous nous écrivons depuis des jours par mails et via Whatsapp pour dire à quel point nous estimons la situation terrible, en espérant que Noël 2021 retrouve son parfum traditionnel et ses délicieuses habitudes.

Mon plan : traverser le village tout seul lors des vêpres

En fait, la qualité de ce Noël dépendra du fait que je puisse, ou non, rendre visite à ma tante âgée de 97 ans. C'est prévu pour le 23... Jusqu'à présent, la maison de retraite où elle vit depuis cette année accorde, à contrecœur, des heures de visite. Mais pour les jours de Noël, un seul créneau est accordé, et c'est ma nièce, qui vient moins souvent que moi, qui l'a obtenu. Mais qui sait, mo tour viendra peut-être?

A 22h, le soir de Noël, pas question d'aller à la messe. Ici, en Bavière, le couvre-feu s'applique de 21h à 5h, et Petit Jésus ou pas il n'y aura pas d'exception. Mais traverser le village tout seul lors des vêpres, entendre les cloches carillonner et apprécier les guirlandes des arbres de Noël scintiller à travers les fenêtres, voilà qui n'est pas interdit. Et c'est bien là mon intention, mon plan. Pour cela, entonnez donc Lobt Gott, ihr Christen alle gleich (Louez Dieu, vous tous, chrétiens), c'est mon chant de fête favori et attendons de voir si ce Noël, si différent, pourrait commencer à briller d'une manière différente.

Athènes, Grèce

Noël à l'agonie

Par Gerd Höhler (Athènes)

La capitale grecque, Athènes, n'a probablement jamais été aussi bien éclairée qu'à l'approche de Noël. Des milliers et des milliers de lumières scintillent dans les rues. Le maire d'Athènes, Kostas Bakogiannis, met tout en œuvre, "surtout pour ce Noël, qui est différent". Et l’élu de poursuivre : "Nous avons tous besoin de joie et de confiance, d'un sourire et d'un peu de lumière". Même dans la banlieue côtière de Glyfada, où je vis, les rues sont décorées. Mais l'esprit de Noël, lui, ne veut pas vraiment se manifester.

Beaucoup de lumières brillent, mais peu de gens sont dehors. La deuxième vague de la pandémie nous frappe de plein fouet en Grèce. Depuis début novembre, il y a eu deux fois plus de nouvelles infections que sur l'ensemble des neuf mois précédents. Le nombre de décès a même été multiplié par cinq! Nous sommes en quarantaine depuis six semaines maintenant. Restaurants, magasins et écoles sont fermés. Il y a un couvre-feu entre 22h et 5h. Même pendant la journée, les habitants ne sont pas autorisés à quitter leur domicile, sauf motif valable (par exemple pour aller au travail ou au supermarché). Les couvre-feux s'appliqueront également à Noël et à la veille du Nouvel An.

Neuf à table

Par contre, les églises qui sont fermées depuis début novembre ont reçu l’autorisation d’ouvrir pour les fêtes, mais le nombre de croyants restera limité. Selon la taille du lieu de culte, seuls 25 à 50 fidèles seront admis aux messes. Il existe également des restrictions concernant les célébrations privées de Noël et de la Saint Sylvestre : pas plus de neuf personnes de deux familles différentes ensemble.

De nombreux experts considèrent que cette limite supérieure est déjà trop généreuse et avertissent qu'une nouvelle augmentation des infections pourrait menacer après les festivités. Le journal économique d'Athènes Naftemporiki parle déjà de "vacances noires". Et le journal To Vima prépare ses lecteurs à un "Noël à l'agonie".

Auckland, Nouvelle-Zélande

Un Surfing Christmas

Par Matthias Stadler (Auckland)

Dans l'hémisphère sud, Noël est célébré d'une manière complètement différente de chez nous. La première différence étant... le climat. Ici, en Nouvelle-Zélande, l'été vient juste de débuter. Passer Noël à 27°C et à la plage, pour moi, cela a demandé un certain temps d'adaptation. J'ai grandi en Suisse et j'associe Noël au froid, à la neige et à la messe de minuit, où l'on chante toujours Silent Night à la lumière des cierges.

Ici, en Nouvelle-Zélande, par contre, les gens surfent, préparent un barbecue et boivent de la bière fraîche. Cela a peut-être son charme, mais cela ne m’aide pas à me mettre en mode Noël. La contemplation de Noël me manque en quelque sorte. Mais tout dépend probablement de la façon dont on a grandi. Pour de nombreux Néo-Zélandais, il est impensable de passer Noël dans le froid.

La fête jusqu'au bout de la nuit

Mais il y a une autre différence avec l'Europe cette année. Alors que le covid-19 tient le Vieux continent en bride, ici nous pouvons faire la fête jusqu'au bout de la nuit, au bout de nos forces. Voilà en effet des mois que le pays n’a plus enregistré d’infections active. Un net avantage, non?

Me voilà donc célébrant Noël à l'autre bout du monde, avec un œil qui pleure et un œil qui rit. Parce qu’en fait, j'avais bien l'intention de rentrer chez moi avec ma femme pour Noël et de passer du temps en famille et auprès de mes amis. Malheureusement, le virus a rapidement anéanti mes plans. Bon, tant pis : j'ai la chance d'être dans un pays qui a su maîtriser l’épidémie et qui permet de célébrer cette fin d’année collectivement...

Et puis, tant pis, je ne me priverai pas. Ce Noël aura bel et bien les saveurs des Noël de mon enfance : ce sera fondue au menu!

Cape Town, Afrique du Sud

Oh, silent night version Le Cap

Par Markus Schönherr (Ville du Cap)

Mon vol de retour vers l'Europe est annulé, maudit covid. Me voilà donc obligé de distribuer (et recevoir) mes cadeaux par Skype! Mais bon, passer un Noël à 34°C avec un peuple aussi joyeux que les Sud-Africains, il y a pire comme expérience.

En cette fin 2020, une deuxième vague virale rattrape le pays qui avait déjà été le plus durement touché par la pandémie parmi tous les pays du continent. Le nombre quotidien de nouvelles infections a augmenté, le président Cyril Ramaphosa s'est avancé devant les caméras, et brutalement l'ambiance de fête au Cap a été balayée.

Habituellement, entre la veille de Noël et le Jour de l'An, des millions de Sud-Africains se rassemblent sur les plages. Même les habitants de Johannesburg quittent leur métropole pour rejoindre le littoral et faire la fête. Cette année, tout est différent. La plupart des plages resteront fermées pendant les vacances. Les restaurants, eux, doivent baisser le rideau à 22h tapantes. Là où les gens font habituellement la fête jusqu'aux petites heures, le couvre-feu s’applique désormais dès 23h. Même l'industrie de la bière envoie des inspecteurs pour veiller à ce que les exigences en matière de distance minimale et de port du masque soient bien respectées dans les tavernes.

Sous la menace du "dernier Noël"

Les Sud-Africains ont donc annulé en masse leurs vacances annuelles. Ils feront la fête à la maison. Et la situation économique désastreuse du pays y est aussi pour beaucoup. En effet, le covid a fait perdre leur emploi à trois millions de personnes. Et puis, il s'agit de suivre l'appel du ministre de la Santé à choisir "entre la vie et la mort". Pour ceux qui, malgré les avertissements, ont encore inondé les plages de Durban sans masque ces derniers jours, le président a ajouté cette sentence morbide (mais claire): "Si nous ne faisons pas les choses différemment, ce sera le dernier Noël pour beaucoup, beaucoup de Sud-Africains".

Le virus va donc contraindre les Sud-Africains à une célébration inhabituellement à l’étroit. Un confinement et un calme qui contrasteront avec la saison autrement colorée, bruyante et joyeuse que vivent les habitants du pays et du Cap d’ordinaire. Toutes les familles ne vivront finalement que ce qui n’était, jusqu’alors, qu’un refrain de Noël : une nuit silencieuse (Oh, silent night).

Mexico, Mexique

Navidad, virus et restrictions

Par Klaus Ehringfeld (Mexico)

Au Mexique, Noël est généralement un mix de Père Noël et de fiesta. Un truc à la mode US mais avec ce qu’il faut de bières et de musiques locales pour faire la fête, chanter et danser. Or, cela ne se produira pas en cette veille de Noël et les jours suivants.

Depuis le troisième week-end de l’Avent le pays et sa capitale sont repassés dans le rouge question covid. Les hôpitaux tournent à pleine capacité et les infections progressent encore. Le "feu corona", avec lequel le gouvernement signale la charge virale, est actuellement à “l’orange foncé". Il ne vire pas au rouge parce que cela signifierait que tout devrait être stoppé, ce que l'économie ne supporterait pas.

Mais déjà les bars et clubs doivent fermer en soirée ; idem pour les magasins et restaurants dont les horaires d’ouverture ont été restreints. Même le pèlerinage du 12 décembre à l'église de la Guadalupe à Mexico a été annulé cette année. La basilique est fermée et un important déploiement de policiers a dû être mobilisé pour stopper les incorrigibles fidèles qui, depuis des années, débarquent par millions sur le site religieux à vélo, en bus ou à genoux.

Pour Noël, les grands rassemblements familiaux seront également interdits. Et gare aux contrevenants, ils risquent des amendes pouvant atteindre 1.000 euros… Du coup, mes amis se passeront de repas de famille. La plupart se réuniront virtuellement pour porter un toast (un bon verre de punch) et ensuite célébrer dans le cercle minimal familial.

Un Noël en tongs, une première

Cette année, comme de coutume, j’aurais dû rentrer en Allemagne, et mon amie en Colombie, son pays natal. Enfin, c’était le plan avant le covid ici, et en Europe. Me voilà donc parti pour une Navidad colombienne. Un Noël en tongs, short et avec des arbres en plastique et un peu plus de kitsch que ce que j'apprécie habituellement. Ainsi, pour la première fois en 19 ans de correspondance en Amérique latine, je ne vais pas voir ma famille et mes amis dans le nord de l'Allemagne.

Au final, Je ne sais pas si je ne vais pas regretter ma décision de ne pas traverser l’Atlantique lorsque je passerai mes appels en visio le 24 décembre pour souhaiter un joyeux Noël à tout le monde à la maison. Je verrai alors les vraies bougies brûler, le sapin Nordmann décoré, et les délicieux mets préparés... Oh là là.

Ottawa, Canada

Le "Messie" de Haendel sur un autre ton

Par Gerd Braune (Ottawa)

En décembre, ma promenade de fin d'après-midi, pour rentrer du Parlement, a toujours véhiculé un esprit de Noël. À travers des rafales de flocons légers, de la neige ou de la gadoue, les magasins, les pubs et les restaurants de la rue Elgin étaient toujours bien occupés dès cette heure. La lumière est restée, mais l'agitation dans les pubs et les magasins a disparu cette année.

C'est un peu morne à l'époque covid, bien qu'Ottawa se compare positivement à d'autres villes du Canada et d'Europe. Pas de confinement, juste les restrictions "classiques". Mais aucun événement n'est là pour attirer les foules. A l'exemple du coutumier coup d'envoi annuel des "Christmas Lights across Canada".

Lorsque les lumières de Noël ont été allumées pour la première fois dans les bâtiments et les parcs début décembre, des milliers de personnes ont afflué en ville. Les attendait un programme inédit baptisé "IllumiNation", un spectacle de lumière virtuel qui va de la capitale fédérale Ottawa aux capitales provinciales et territoriales. L'émission a été présentée pour la première fois le 17 décembre et peut être vue sur les réseaux sociaux notamment jusqu'au 7 janvier.

"Le Messie" fait son show dans tout le pays

Classiquement, ici aussi, l'Avent comprend presque toujours une représentation de l'oratorio "Le Messie" de George Handel, soit au Centre national des Arts, soit dans l'une des églises d'Ottawa. Rien de cela cette année. A la place, un projet fascinant a été créé sous le titre "Messie/Complexe".

"Le Messie" en show dans tout le pays, de Halifax sur la côte atlantique à Vancouver côté Pacifique, et de l'Arctique à Iqaluit, Yellowknife et Whitehorse. Des chœurs, des orchestres et des solistes de toutes les régions y participent. Spencer Britten chante Comfort Ye My People dans le port de Vancouver, le Toronto Mendelssohn Choir chante le célèbre Hallelujah, et les Halifax Camerata Singers termineront avec Worthy is the Lamb - Amen. Entre les deux, des spectacles émouvants sont présentés dans la toundra de l'Arctique canadien, dans une arène de hockey, au centre-ville de Toronto voire même sous l'autoroute à Montréal.

Il s'agit donc bien d'une expérience véritablement pancanadienne qui peut être vue en ligne tous les soirs. Montrant le Canada à son meilleur multiculturel et multilingue, puisque les chants sont chantés en six langues - l'anglais et le français officiels, l'arabe et trois langues indigènes, ce que je trouve particulièrement remarquable en cette époque de tentative de réconciliation avec des peuples indigènes si longtemps opprimés.

Ma femme et moi n'avons jamais vécu le "Messie" de cette façon. Cela nous met bien dans l'esprit de Noël.

Moscou, Russie

Dans un bain de vapeur

Par Stefan Scholl (Moscou)

Le "Rule Taproom" est plein en ce samedi soir de l'Avent. Il est vrai qu'il ne reste que deux tables dans le pub de Moscou - distanciation sociale oblige. Mais 80 jeunes se pressent au bar pour boire de la bière et dont deux seulement portent un masque de protection. "Ils ferment à 23h maintenant", rappelle en riant Dimitri, qui n'a même pas enlevé sa parka d'hiver, "Il faut s’amuser plus tôt".

Comme dans beaucoup de points du globe, en Russie aussi, le covid-19 s'efforce de gâcher les fêtes. Ces derniers temps, de 450 à 600 personnes meurent chaque jour du virus, et selon les chiffres du bureau des statistiques de Russie, ce nombre pourrait bien atteindre bientôt le millier... En raison du risque de placement en quarantaine dans la région de Moscou, certaines de mes connaissances allemandes ont annulé leurs vacances de Noël à la maison. Le traditionnel marché de l'Avent à l'école allemande a été annulé, tout comme la crèche à l'Ambassade. Le service œcuménique à la veille de Noël se déroulera en plein-air pour des raisons d'hygiène ; les églises orthodoxes resteront cependant ouvertes.

Test négatif exigé

Contrairement à la première vague virale du printemps, la Russie ne veut pas se restreindre de manière ferme. À Moscou, seuls les marchés de Noël ont été annulés. Mais dans la ville voisine de Tver, on vient de les ouvrir... "La veillée du Nouvel An déménage de Moscou vers sa banlieue", a donc titré le journal Kommersant. Cela même si les propriétaires de datchas et autres loueurs de maisons de vacances dans les environs, exigent maintenant de leurs clients un test négatif au covid.

Récemment, le ministre de la santé, Mikhail Murashko, a averti qu’en raison de l’épidémie, la circulation des personnes pourrait être limitées entre les différentes régions russes. Du coup, notre voyage habituel du Nouvel An à Tcheboksary, dans la famille de ma femme, pourrait être annulé. "Bien sûr qu'on t'attendra le Jour de l'An !", s‘est empressé de positiver mon beau-frère, Oleg, au téléphone. "Et bien sûr, nous fêterons ça à la datcha !" Mieux encore : son beau-père va préparer le sauna. Coronavirus ou pas, j’aurai et nous aurons tous droit à notre bain de vapeur. Covid ou pas, la Russie entend ainsi glisser vers l'année 2021, humide et heureuse.

Vienne, Autriche

Ce sera un massacre... avec du vin

Par Stefan Schocher (Vienne)

Noël s’annonce sous un mode inédit en Autriche. Il faudra chanter O-Tannenbaum à travers un masque, et Silent Night, Holy Night en respectant les distanciations sociales. Si les petits enfants viennent à la maison, c’est une fois testés s'il vous plaît. Bref, les fêtes s’annoncent comme un festival d'embûches à éviter, avec branches de sapin et souches de virus. Mais sans doute, ce moment si particulier se retrouver, du coup, débarrassé d'un lest inutile.

Car le fait que les marchés de Noël de Vienne ne soient pas ouverts cette année est certainement… un bienfait. Nous voilà privés de l’obligation sociale de boire de l'eau sucrée avec de l'alcool en restant debout dans le froid. On peut même éviter, par respect des principes sanitaires en vigueur, de se lancer dans la frénésie des achats d'avant Noël.

Un pari osé

Au lieu de cela, il y a l'artisanat. Poterie pour grand-mère, un dessin pour grand-père, des boucles d'oreilles pour grande sœur et un ange en pâte à modeler pour le sapin de Noël. Par contre, il y aura toujours les bons petits plats au menu : poissons, salades, gibier, chou rouge aux marrons, poires confites. Beaucoup de victuailles en prévision, et… du vin, du vin, du vin !

Mais il y a encore beaucoup de questions : est-il judicieux que parents et enfants fassent la fête ensemble ? N’était-ce pas un pari osé que de maintenir l’école jusqu’au 23 décembre ? Et que faire de nos ainés qui seraient tellement heureux d'avoir de la visite mais qui, prioritairement doivent se préserver de tout risque d’infection?

D’ores et déjà, les vacances de Noël ont été prolongées jusqu'au 11 janvier. Mais pourquoi les trois jours précédant Noël n'ont-ils pas été dispensés de classe? Cela, combiné avec le week-end, équivaudrait à cinq jours de sécession. Cela n'aurait-il pas été plus logique que de prolonger les vacances de Noël a posteriori? L’histoire le dira.

Car une chose est certaine avec la gueule de bois du 1er janvier viendra la terrible reprise des infections covid. C’est déjà un peu le cas maintenant. En Autriche, les gens en ont marre. Qui n'en a pas assez? Mais la rebellion à l’encontre du port du masque ou des autres règles sanitaires n'a jusqu'à présent rien apporté à l'Autriche. A l’exception d’une surcharge du système hospitalier et finalement un Noël avec des chiffres d'infection toujours dramatiques.

Paris, France

Gare à l'embûche de Noël

Par Christine Longin (Paris)

En décembre, en prime time sur une radio française réputée: une interview d'un boucher passant plusieurs minutes à discuter avec le journaliste de la taille des morceaux de viande qui seront vendus à Noël. Et l'expert de révéler (sans surprise) : la demande de coupes de moins de deux kilos est beaucoup plus importante cette année que d'habitude. Cela parce que les familles ne se réunissent qu'en petits groupes à cause de la pandémie de Corona. Ainsi, la dinde traditionnelle est également plus petite que les autres années. La grande tablée telle qu'on la voit dans les films français se réduit à une petite table avec les parents et les enfants autour. Maximum de six personnes, a précisé le Premier ministre Jean Castex.

Canard au chou rouge sur la table

Mais l'interview sur la viande envoie un second message : covid ou pas, les gens mangeront de bon cœur pendant ces congès. Le repas typiquement français est, après tout, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et il n'y a aucune raison de ne pas l'honorer cette fois encore. Cette année peut-être même plus que d'habitude, car les magasins sont à nouveau ouverts depuis le 15 décembre dernier (mais les restaurants toujours fermés).

L'importance de la nourriture dans l'Hexagone se révèle même dans la communication gouvernementale sur les règles covid à respecter. A la télévision, une publicité exhorte ainsi les gens à garder leurs distances à Noël, et l'événement n'est pas symbolisé par un paquet cadeau ou un sapin, mais plutôt par le traditionnel gâteau de fin d'année : la "Bûche de Noël".

La veille de Noël, ma famille franco-allemande concocte aussi tout le menu "à la française", y compris donc la bûche. Le premier jour des vacances, nous aurons par contre du canard au chou rouge sur la table, ici à Paris. Une saveur inhabituelle en France mais qui servira à remplacer le voyage en Allemagne qui a été annulé.

Tel Aviv, Israël

Trouble-fêtes pour tous

Par Pierre Heumann (Tel Aviv)

La fête juive des lumières, qui comme Noël tombe dans la période des jours les plus courts de l'année, commémore un miracle de l'époque de la reconsécration du Second Temple. Le Second Temple a été repris aux Grecs par des rebelles juifs, les Maccabées, en 164 avant J.-C. Selon le Talmud, un seul pot de pétrole a été retrouvé dans le temple détruit. Un bien qui qui n'aurait pu servir que pour éclairer quelques heures, mais, par miracle, le pot a brillé pendant huit jours et huit nuits.

Pour commémorer ce miracle, les Juifs allument des bougies pendant huit jours, ajoutant une bougie chaque jour. Des beignets trempés dans l'huile et des crêpes de pommes de terre font alors partie du festin, tout comme les cadeaux aux enfants.

Mais la fête a été gâchée alors qu'Israël se dirige vers une troisième vague de covid. Juste avant le début de Hanoukka, qui a débuté cette année le 10 décembre, le gouvernement israélien a semé la confusion parmi les citoyens. Il a continué à prendre de nouvelles résolutions sanitaires, les annulant peu après et les remplaçant par de nouvelles.

Feu sur le couvre-feu

Pour ralentir la propagation de l'épidémie, le cabinet avait décidé d'un couvre-feu trois jours avant le début des vacances. Il y a eu des protestations véhémentes contre cela, car Hanoukka, tout comme Noël, doit être célébré en famille et entre amis. Avec le couvre-feu, l'allumage de bougies ou les chants repris en choeur n'auraient été autorisés qu'en petit cercle. Et nul n'aurait été autorisé à quitter son domicile en soirée.

Tous les experts ont critiqué le couvre-feu, le jugeant inutile car il ne ferait rien pour réduire le taux de contagion. Finalement, le cabinet a donc levé ce lockdown nocturne (approuvé 24 heures plus tôt!), au motif qu'il pouvait entraîner des problèmes juridiques à défaut de reposer sur de solides éléments de santé publique.

Puis, quelques heures avant le début de Hanoukka, une nouvelle directive a été adoptée. Tout reprend comme avant : restaurants, centres de fitness, théâtres, cinémas ou piscines resteront donc fermés jusqu'à nouvel ordre.

Si les chiffres quotidiens d'infection remontent trop ou que la valeur R monte à 1,32, le gouvernement veut resserrer la vis. Cela pourrait être le cas avant la fin décembre. À court terme, même le vaccin n'empêchera probablement pas le gouvernement israélien d'imposer une troisième fois le confinement du pays. Toute autre solution serait un miracle, selon les experts de la santé.

Stockholm, Suède

Croire en des temps meilleurs

Par Helmut Steuer (Stockholm)

Noël en Suède. Voilà qui évoque des images de paysages enneigés, un chalet en bois au premier plan, un petit lac derrière lui, un manteau blanc tout autour. Bien sûr, il ne s'agit là que d'une image d'Epinal, celle d'un monde parfait comme beaucoup de gens imaginent la Suède. Seulement cette année, la réalité paraitra différente.

Pas de neige dans de grandes parties du pays après le mois de novembre le plus chaud depuis le début des relevés météorologiques. Depuis presque deux semaines, le soleil n'a pas réussi à se frayer un chemin à travers l'épaisse couche de brouillard. Ce sera donc un Noël légèrement différent. Et pas seulement à cause du changement climatique, le coronavirus fait aussi des siennes.

Pour moi, en tant que correspondant, cela signifie du home office, des entretiens sur Zoom, pas de déplacement et très peu de contacts en face-à-face depuis des mois. Bien qu'il n'y ait pas de couvre-feu et que tous les magasins soient ouverts, la situation sanitaire en Suède est devenue tellement préoccupante que j'ai décidé d'éviter autant que possible tout contact avec l'extérieur. Les nouvelles infections et les décès atteignent un triste record. La stratégie consistant à mener le pays à travers la crise sans confinement ni masques obligatoires a échoué lamentablement. C'est ce que vient d'indiquer un premier rapport d'une commission Corona nommée par le gouvernement, mais indépendante.

Faute de neige, un Noël à vélo

Le mécontentement des Suédois face au chemin parcouru jusqu'à présent s'accroît donc, et la confiance dans l'autorité sanitaire avec son épidémiologiste en chef Anders Tegnell s'effondre du coup.

Normalement, ces jours-ci, soit je rends visite à ma mère et à ma soeur en Allemagne, soit elles viennent me voir dans le nord. Cela a déjà été le cas ces dernières années. Mais qu'est-ce qui est normal de nos jours ? Cette année verra se tenir un Noël différent, un autre tournant de l'année. Je vais probablement essayer quelques nouvelles recettes pendant la période de Noël, lire beaucoup et, en l'absence de neige (les températures sont actuellement de 5 à 7°C à Stockholm) faire du vélo au lieu du ski. Il sera hors de question de croiser des amis, car ni eux ni moi ne voulons courir de risque inutile d'infection.

L'espoir meurt en dernier, dit un proverbe. J'espère qu'en 2021 je pourrais à nouveau rencontrer mes interlocuteurs en personne, que voyager redeviendra possible. Et que nous serons en mesure de brosser un tableau complètement différent de la Suède dans quelques mois.

Rome, Italie

Déménager en plein stress de Noël

Par Dominik Straub (Rome)

Noël 2020 ne sera évidemment pas un Noël comme les autres. Et pas seulement à cause de ce maudit covid! Mais parce que moi et ma famille avons déménagé fin novembre, à Monte Mario juste au-dessus du quartier Prati et du Vatican. C'est un quartier agréable, légèrement surélevé, avec des vues sur le dôme de Saint-Pierre, le Tibre et la vieille ville de Rome. Ce nouvel appartement est agréable mais il nécessite un certain nombre de rénovations.

Nous avons donc déjà passé beaucoup de temps, depuis trois semaines, dans des quincailleries, des magasins de meubles et chez... Ikea Rome. Beaucoup de temps inutile : trois millions de Romains passent aussi des heures dans ces magasins de nos jours, bloquant le flux des achats et engorgeant l’accès aux caisses - et souvent pour juste acheter une guirlande ou une bougie parfumée (dans le meilleur des cas). Et qu’importe l’heure à laquelle nous allons acheter nos matériaux de construction et notre décoration, les magasins sont toujours pleins à craquer. Comme s'il n'y avait pas de lendemain.

Il y a bien sûr une raison tangible à cette ruée vers les commerces. Face au nombre toujours trop élevé de décès liés à l’épidémie de covid, le gouvernement de Giuseppe Conte pourrait, en un claquement de doigt, imposer un verrouillage de dernière minute pour les fêtes. Déjà, un couvre-feu a été instauré depuis plusieurs semaines, et les journaux font quotidiennement état de nouvelles mesures encore plus strictes pour ces vacances d’hiver. Aussi, les Italiens jouent la sécurité et ont choisi de faire leurs achats de Noël bien en avance cette fois.

Noël en couple, une première depuis le mariage

Il est déjà certain pour nous que nous ne verrons pas nos filles et nos autres parents pour ce 25 décembre. Ils vivent en Suisse et en Allemagne, et le gouvernement avait déjà décidé début décembre que les personnes en Italie ne seraient pas autorisées à quitter le territoire de leur propre commune de résidence entre le 24 décembre et le 1er janvier. Une mesure visant à empêcher les rassemblements familiaux habituels, chacun réunissant des dizaines de membres de son clan familial.

Avec mon épouse, nous allons donc passer ce Noël en couple, pour la toute première fois depuis notre mariage. Plus ou moins enfermés dans notre nouvel appartement. Nous n'avons pas encore décidé si nous allions acheter un sapin, mais le magret de canard u diner est déjà dans le réfrigérateur, attendant d'être rôti et de se retrouver accompagné d’une sauce à l’orange. A défaut de sortir ensuite, embrasser proches et amis, plusieurs seaux de peinture, un rouleau de papier peint et de la colle nous attendent aussi dans le couloir. Et je crois bien que nous aurons largement le temps, pendant ces fêtes, de poursuivre les travaux de rénovation en intérieur. A défaut de profiter du dehors...

Madrid, Espagne

Un Noël entre proches

Par Martin Dahms, Madrid

Nous voulions passer les fêtes de Noël avec ma belle-mère et sa sœur, deux charmantes dames. Bien sûr, ça ne se fera pas. On devrait le faire pourtant. Il est difficile de garder une vue d’ensemble des règles anticovid. Voilà ce que nous avons compris : nous pouvons quitter Madrid pendant le temps de Noël pour rencontrer des proches ou tous les membres de la famille ailleurs dans le pays. En fait, littéralement, le gouvernement nous autorise à aller voir nos "allegados" (que l'on peut traduire par "proches"). Mais de nombreuses blagues ont été faites ces dernières semaines sur ce que cache réellement ce terme. Je Ainsi, l’amant caché dans le placard est-il un "proche"? Bon, bref, quoi qu’il en soit, nous resterons pour notre part à la maison.

Environ 80% des Espagnols feront comme nous, assure un sondage. Les 20% restants monteront dans leur voiture ou dans le bus pour rejoindre leur famille pour le dîner de Noël. Six convives au maximum, et ces six-là issus de deux foyers maximum. Son sera loin des grandes fiestas de famille espagnoles.

Trois personnes maximum autour de la table

«Je m’en fous», commente ma charmante belle-mère espagnole. Elle a 80 ans et préfère ne pas attraper le virus. Elle vit à Burgos, où l’épidémie a particulièrement frappé. Burgos est d'ailleurs la seule ville du pays où les rencontres de Noël sont limitées à trois personnes seulement. Ma belle-mère restera donc seule. Avec sa sœur cadette, qui vit au coin de la rue, elles veulent juste se retrouver pour se promener le matin. Et seule à la maison, en quoi consistera son menu de Noël? « Voyons voir, probablement des fruits de mer!»

Ma femme et ses frères et sœurs ont eu quelques conversations houleuses au téléphone ces jours-ci. Ils parlaient d’Anita, notre nièce, qui joue au foot comme professionnelle au Celtic Glasgow et voulait voir sa grand-mère (ma belle-mère donc) à Noël. "Pour l’amour de Dieu!", ont crié les frères et sœurs. Résultat, au final, Anita restera à Madrid pendant les fêtes. Ce genre de débat a certainement eu lieu dans beaucoup d'autres familles, estime ma femme. Les uns veulent être prudents, les autres sont plus relâchés.

Comme presque personne n’est en voyage, nous pourrions rencontrer nos amis madrilènes pendant les fêtes, ce qui n’a jamais été le cas aux Noël précédents. Tout dépendra en fait de la météo. Les bars ont ouvert (ce qu’on trouve fou) mais on aime surtout s’asseoir à une table en terrasse. Alors, soleil ou covid qui l'emportera ?

Washington, Etats-Unis

Espoir d'une "nuit silencieuse"

Par Thomas Spang (Washington)

Le silence n'est pas une des qualités premières de la capitale américaine. Même au cœur de l’épidémie, Washington a connu des manifestations passionnées (à propos de la mort de George Floyd, étouffé sous le poids d'un policier blanc), des regroupements furieux (de partisans déçus de la défaite de Trump) et ainsi de suite. Mais, par rapport “au monde d’avant”, les choses ont été sensiblement plus calmes pour les habitants des villes. Dans notre quartier d'Adams Morgan, en tout cas c’est clair. Les restaurants branchés qui, avant le covid, ne pouvaient vous assurer une table sans réservation plusieurs jours à l'avance luttent désormais pour survivre. Quand ils n’ont pas déjà fermé. Pas vraiment de quoi respirer l’esprit de Noël donc.

Ces prochains jours devraient être bien tranquilles, entre Connecticut Avenue et la 14th Avenue. Il n'y aura certainement pas le brouhaha habituel des joyeux lurons qui se bousculent sous nos fenêtres. Au vu des places de stationnement désertes, il semble que de nombreux jeunes couples et célibataires aient choisi de déserter Washington pour ces congés.

Enfin une lumière apparaît au bout du tunnel

Nous nous attendons donc à des douces et paisibles soirées dans les temps à venir. Un temps de réflexion avec nos enfants (devenus adultes) et quelques amis qui se seront faits préalablement testés. De quoi se concentrer sur ce qui compte le plus : l'arrivée d'un nouvel espoir pour un monde actuellement plongé dans les ténèbres.

Tout comme la naissance d'un bébé, né d’une famille en exil dans une étable de Bethléem voilà plus de 2.000 ans continue d'inspirer spirituellement la plus grande communauté de croyants du monde, cette année révèle également des signes d'espoir très terrestres. Avec la disponibilité des premiers vaccins, une lumière est -enfin- apparue au bout du tunnel. Non moins encourageante est la fin imminente de la présidence nihiliste de Donald Trump qui a manqué de toute décence et a remis en cause toutes les normes de coexistence pacifique en démocratie.

Personnellement, après cette année difficile à bien des égards, je n'ai rien contre des jours plus apaisés. Sans magasins bondés, les chants de Noël en boucle dans les sonos et la terreur des consommateurs en mal de cadeaux.

J'ai hâte de savourer un bon repas, apprécier une bonne bouteille de vin et partager de profondes discussions avec ceux qui me sont chers. En espérant une nuit de Noël vraiment paisible, O Silent night. Une nuit, par exemple, qui ne serait pas troublée par les sirènes des ambulances filant au secours d’un voisin à qui le covid menace de couper la respiration.