Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Le moment viendra où nous regarderons en arrière sur la crise qui a façonné et continuera de façonner l'année 2020. Nous allons regarder tout ce qui a fonctionné et ce qui a moins bien fonctionné. Je crains que la solidarité et la coopération européenne vont faire partie de la dernière catégorie.

À l'occasion du 25e anniversaire de l'accord de Schengen, nous avons dû constater à quel point les accords, qui sont à la base de la coopération européenne, sont fragiles: frontières ouvertes, liberté de circulation et solidarité. Même si ces valeurs que nous vivons dans notre région sont partie intégrante de notre vie quotidienne, elles ont été remises en question du jour au lendemain.

Les premiers réflexes d'une partie des États membres de s'isoler étaient à l'opposé de ce qui compte réellement pour nous.

Cela tenait bien entendu au fait que l'Union européenne n'était pas préparée à cette situation, et ne pouvait en partie l'être, car le secteur de la santé est pratiquement une compétence exclusive des États membres.

Mais cela était également dû au fait que la crise s'est développée de manière très différente selon les pays - et même au sein des pays, il y avait des situations divergentes entre les différentes régions.

Quand nous voyons aujourd'hui comment certaines régions se renferment sur elles-mêmes vis-à-vis d'autres régions du même pays, alors on remarque que la solidarité n'a pas seulement ses limites au niveau européen - au sens propre du terme.

Mais, Il ne faut pas parler mal de tout. En effet, il faut constater qu'après un premier choc, la coopération a fonctionné rapidement à nouveau, notamment ici dans la Grande Région.

Des patients étaient traités à l'étranger - nous pouvions également faire notre part. Cependant, des solutions pragmatiques ont également été trouvées, notamment en ce qui concerne les frontaliers.

Nous étions en contact permanent avec nos voisins et un accord a été rapidement trouvé pour que personne ne soit empêché de venir à son travail et de rentrer chez lui.

Au niveau européen, le travail en étroite collaboration les uns avec les autres a vite repris. Les institutions européennes ont mis sur pied divers programmes: ainsi des commandes conjointes pour du matériel de protection et d'autres équipements ont été passées. Afin de fournir un soutien financier à la recherche de vaccins contre le COVID, des programmes de l'UE ont été rapidement mis en place.

En outre, des mécanismes ont été établis pour soutenir l'emploi, les entreprises et les fonds publics, et le plus grand succès est sans aucun doute qu'en juillet nous avons pu nous mettre d'accord sur le renforcement du nouveau cadre financier pluriannuel 2021-2027 dans le cadre du COVID.

750 milliards d'euros seront investis de cette manière, en parallèle avec le budget "classique" de l'UE.

L'instrument européen Next Generation est historique, car il permet d'abord à la Commission européenne de prêter de l'argent sur les marchés financiers. Ce nouvel instrument devrait notamment contribuer à soutenir les investissements publics des États membres, ainsi qu'à encourager des réformes structurelles parallèles. Il devrait en particulier aider les pays les plus touchés par la pandémie.

Aujourd'hui, il existe à nouveau une solidarité européenne, tout comme il existe une solidarité globale. En tant que pays avec une politique de coopération historiquement et exceptionnellement forte, nous avons aidé beaucoup ces derniers mois.

Nous avons, pour l'essentiel, contribué aux fonds internationaux pris dans le cadre des initiatives onusiennes, mais aussi dans le cadre des relations bilatérales que nous entretenons avec nos pays partenaires prioritaires, une aide rapide et efficace a pu être apportée dans le cadre de cette crise.

Nous avons été en mesure de transférer dans ces cas 23,5 millions d'euros de fonds disponibles afin de répondre dans ces pays aux besoins urgents relatifs au COVID. Le réajustement de ces activités, qui correspond à environ 2-3 millions d'euros par pays partenaire, est pour la plus grande partie transposé par LuxDev, notre agence de réalisation de programmes bilatéraux, ainsi que par des ONG nationales et internationales.

Avec nos partenaires nous sommes directement sur place et aussitôt actifs. Au Burkina Faso, nous soutenons le système de l'eau et l'assainissement. Au Niger, il existe un projet de protection des populations vulnérables en situation de famine et de crise, au Laos nous soutenons la fourniture de systèmes respiratoires, les soins intensifs, l'identification et la planification des installations dans le cadre de la lutte contre le COVID-19.

Un travail très important y est réalisé, dans lequel des ONG luxembourgeoises sont fortement impliquées et actives.

Il est extrêmement important que la solidarité internationale fonctionne également en temps de crise, et je voudrais vous rappeler que, ces derniers mois, nous avons également fait preuve de solidarité et bénéficié de la solidarité, en particulier pour l'approvisionnement en fournitures médicales dans notre pays. Au cours de ces mois, au plus fort de la crise, nous avons pu ramener plus de 1.000 Luxembourgeois et résidents dans le pays via nos représentations consulaires, et bien entendu, nous étions dépendants de l'aide des autorités locales.

Le Luxembourg a besoin d'une coopération multilatérale aussi forte que possible, nous avons besoin de frontières ouvertes et nous avons également besoin d'une Union européenne forte.

Pas "seulement" maintenant, mais "précisément" maintenant.

Nous sommes confrontés à des défis dans l'Union européenne qui ne sont pas insignifiants: les répercussions économiques possibles de la crise, le changement climatique, la migration et les questions de politique étrangère, comme le Bélarus et nos relations avec la Russie.

L'un des défis actuels et éminemment majeurs est désormais aussi la dernière phase du Brexit.

Il faut être très honnête dans ce contexte. Malgré les efforts considérables et le travail intensif du négociateur en chef Michel Barnier, les négociations sur les relations futures entre l'UE et le Royaume-Uni n'ont pas bien avancé.

Les récentes décisions du gouvernement britannique de ne pas respecter en partie les termes de l'accord de retrait n'ont certainement pas contribué à une atmosphère constructive.

Aujourd'hui encore, les positions sont très éloignées dans des domaines importants; en particulier dans le domaine de la pêche, mais aussi en ce qui concerne le soi-disant Level playing field. Pour avoir accès au marché de l'UE, il faut respecter un minimum de règles et de normes, aussi bien dans le domaine social, dans la protection de l'environnement et du climat, ainsi que dans la fiscalité et les aides d'État.

Le Royaume-Uni a malheureusement quitté l'UE. Nous regrettons mais acceptons cette situation. Cependant, il reste un partenaire important du Luxembourg dans de nombreux domaines - dont l'un est certainement celui des services financiers.

Notre place financière a bien résisté à la tempête du Brexit et dans certains domaines, nous avons pu développer notre position.

A partir du 1er janvier 2021, les relations entre la place financière du Luxembourg et la City de Londres sont celles de nous avec un pays tiers, indépendamment de l'issue des négociations d'un accord de libre-échange avec le Royaume-Uni.

La place financière a de nombreuses années d'expérience avec ce régime avec lequel, en particulier, les relations avec les Américains se poursuivent depuis des décennies.

Nous allons également surmonter cette transition et relever de nouveaux défis.