Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Le gouvernement est donc déterminé à faire tout ce qui est nécessaire pour combattre le virus et protéger la vie humaine, d'une part, et pour renforcer notre société, stabiliser notre économie et garantir la cohésion sociale, d'autre part.

Ce n'est pas le moment pour la politique politicienne de provoquer des incertitudes idéologiques et ce n'est pas le moment de remettre en question les fondements du modèle luxembourgeois.

Notre État social a été mis à l'épreuve dans cette crise, notre modèle économique a su utiliser ses avantages et, grâce à la stabilité de la situation financière du pays, nous avons pu et pouvons survivre aux conséquences économiques de cette crise.

Une des questions qui est à l'ordre du jour et qui a déjà fait l'objet de nombreuses discussions, est celle de l'orientation politique - quel est le plan pour les années à venir? La réponse simple à cette question complexe: le programme de coalition de cette période législative est valide et las partis de la majorité parlementaire s'y tiennent. À tout ce qui s'y trouve et justement aussi au fait que certaines choses n'y figurent pas. Il n'y aura pas d'expériments, de spéculation ou de discussion sur ce programme de base pour les années à venir.

Cela signifie que nous n'introduirons pas de nouveaux impôts qui ne font pas partie de l'accord.

Cependant, il est tout aussi clair et évident que des mesures, qui feraient peser une lourde charge sur le budget de l'État, ne sont pas actuellement à l'ordre du jour. Tout comme il serait erroné, à l'heure actuelle, de réduire le pouvoir d'achat par des nouvelles taxes ou des augmentations d'impôts, ce serait également un mauvais signal si le budget de l'État devait être grevé au-delà des choses les plus importantes et imminentes.

En clair, cela signifie que nous nous en tenons à ce que nous avons prévu initialement, mais que pour l'année à venir, nous nous concentrons sur le maintien de notre système de sécurité sociale et sur la maîtrise des effets de la crise dans toute la mesure du possible.

Cela signifie aussi que nous n'avons pas prévu une réforme fiscale générale pour l'année budgétaire 2021.

Toutefois, il est nécessaire d'agir sur des points particuliers qui ne peuvent pas attendre que la situation permette une réforme fiscale de grande envergure, et c'est pourquoi nous réagissons tout de suite sur ces points. Il s'agit de justice, de moralité, de décence et de l'intention d'une chose et de ce qu'on fait en réalité.

Cela concerne notamment le régime fiscale souvent cité des FIS immobiliers sur le marché luxembourgeois.

Aujourd'hui, il est possible pour différents acteurs d'opérer sur le marché immobilier sur une base quasiment exonérée d'impôts.

Cela n'est plus acceptable. Comme prévu dans le programme gouvernemental, le régime fiscal actuel des FIS et d'autres fonds sera fondamentalement réformé sur ce point à partir du 1er janvier 2021.

Les FIS sont un problème très spécifique. Nous avons quelque 1.800 Fonds d'investissement spécialisés, dont seulement 14% sont actifs dans le secteur immobilier et seulement très peux sur le marché luxembourgeois. Mais il y a là aussi des cas d'abus, et nous allons y remédier.

La pratique des "share deals", qui consiste à acheter et à vendre des immeubles non pas directement mais par l'intermédiaire de sociétés bénéficiant d'avantages fiscaux, devient moins attrayante.

Il sera explicitement interdit aux Sociétés de gestion de patrimoine familial (SPF) d'obtenir indirectement des biens immobiliers par l'intermédiaire d'autres sociétés.

Le régime spécial des ''stock options'' et ''warrants'', introduit en 2002 par une circulaire, sera aboli à partir du 01.01.2021 - comme prévu d'ailleurs par l'accord de coalition.

En même temps, le régime des impatriés sera adapté. Ce régime, réglé jusqu'à présent par une circulaire, obtiendra une base légale. Dans ce contexte, une prime d'impatriation fiscalement avantageuse sera créée, qu'un impatrié pourra obtenir de la part de son employeur pendant un maximum de 8 ans.

Ce régime est un élément clé pour renforcer la compétitivité de l'économie luxembourgeoise, parce qu'il permet d'attirer des talents que l'on ne trouve que rarement au marché de travail luxembourgeois ou dans la Grande Région.

En outre, dans le cadre du budget 2021, une prime participative sera introduite, par le biais de laquelle un salarié pourra participer, avec des avantages fiscaux, au bénéfice de l'entreprise qui l'occupe.

Cette prime, exonérée d'impôts à hauteur de 50%, est néanmoins limitée: d'une part, l'entreprise ne peut pas verser plus que 5% de son bénéfice à cet effet - l'entreprise doit donc être profitable et payer des impôts - et d'autre part, la prime ne doit pas dépasser 25% du salaire annuel du salarié.

Ceci est donc une mesure transparente et bénéfique pour l'attractivité de la place économique luxembourgeoise.

Nous avons besoin de talents, d'une économie puissante et nous avons besoin d'un centre financier attrayant.

Il y a quelques semaines, nous avons gagné 6 positions dans le Global Financial Centres Index, et nous sommes maintenant classés 12e au niveau mondial. Nous avons dépassé Paris et Francfort et nous sommes désormais le numéro 1 dans l'UE. Ce n'est pas le mérite de "niches souveraines" qui n'existent plus, mais uniquement le résultat de l'expertise et de l'efficacité de notre centre financier, qui est internationalement reconnu et apprécié.

Le Luxembourg s'est fait connaître comme centre financier, non pas parce qu'il joue selon d'autres règles que le reste de l'Europe, mais précisément parce que nous appliquons strictement le cadre européen - et souvent avant nos voisins, comme par exemple dans le secteur des fonds depuis les années 1980, ou plus récemment dans le domaine des paiements.

Ces dernières années, le Luxembourg a mis en œuvre toutes les règles et normes internationales et européennes - souvent en avance sur les autres - tant dans le domaine de la transparence fiscale que dans la lutte contre l'évasion fiscale internationale et le blanchiment d'argent.

Ces réformes ont permis au Luxembourg d'attirer de nouveaux acteurs et de nouvelles activités internationales au cours des dernières années.

La Brexit est la meilleure preuve que le Luxembourg reste attractif en tant que centre financier.

Plus de 60 entreprises du secteur financier - banques, compagnies d'assurance, gestionnaires de fortune - ont jusqu'à présent délocalisé leurs activités au Luxembourg ou développé leurs activités existantes. Ces acteurs ne sont pas venus pour des raisons fiscales et le gouvernement n'a pas dû introduire de nouvelles mesures pour les attirer.

Elles sont venues parce que le Luxembourg était le plus à même de développer leurs activités sur le continent européen: parce que le Luxembourg leur offre un cadre stable, prévisibilité, un contrôle reconnu et respecté au niveau international et un écosystème international sans pareil.

Un autre point fort est que notre centre financier est aujourd'hui non seulement hautement spécialisé, mais aussi diversifié: de l'industrie des fonds et tous les acteurs contribuant à ce secteur, à l'assurance-vie, la réassurance, la gestion d'actifs, la banque d'entreprise, les marchés des capitaux jusqu'à la Fintech.

Cela contribue à la stabilité de la place financière et ouvre de nouvelles opportunités.

Ainsi, le développement et la diversification du centre financier reste une priorité pour ce gouvernement.

Un secteur avec un potentiel futur particulier dans ce contexte est bien sûr celui des finances durables. Au cours des dernières années, le Luxembourg est devenu l'un des centres financiers les plus importants pour la finance verte et durable.

Avec la récente émission d'obligations d'État durables et l'introduction d'un cadre correspondant, le Luxembourg a une fois de plus démontré son esprit pionnier et il est ainsi reconnu au niveau international.

Les finances durables sont le futur du secteur financer et le Luxembourg est bien positionné pour jouer un rôle de leader dans ce domaine.

Plus que 50.000 personnes travaillent dans le secteur financier, plus d'un 30% de notre richesse est créée ici. La crise a bien montré à quel point la place financière est inestimable pour le reste de notre économie.

Les banques ont contribué activement, et ont accordé des crédits et des moratoires aux entreprises locales. La place financière contribue aussi à la visibilité du Luxembourg sur le plan international et, ainsi, de le rendre intéressant pour des entreprises et des investisseurs, aussi en dehors du secteur financier.