Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Nous nous retrouvons aujourd'hui encore au Cercle à la Place d'Armes et non pas au bâtiment au Marché-aux-Herbes.

Nous sommes dans un environnement dans lequel les règles sanitaires peuvent être respectées tout en garantissant le fonctionnement de la Chambre. C'est toujours inhabituel et malgré les grands efforts investis ce n'est pas le cadre idéal pour faire le travail parlementaire.

Pourtant, c'est maintenant que ça compte. Si on cède maintenant et on ne respecte pas les règles, tous les mois pendant lesquels nous avons travaillé ensemble pour contrôler le virus seront en vain.

Ainsi, il faut poursuivre l'effort, resister, être attentif et être solidaire avec l'autre.

Et pourtant, on veut regagner la normalité. Une normalité pour laquelle on a donné beaucoup et on continue à donner.

Faisant partie de cette normalité est le fait de s'échanger aujourd'hui et dans les prochains jours sur la situation financière, sociale et économique du pays. Sûrement, nos vues se distinguent dans le détail, mais nos objectifs sont très rapprochés.

Il s'agit de renforcer le Luxembourg, de saisir les occasions et de donner des perspectives pour le futur.

À cet égard, les chiffres joueront un rôle important aujourd'hui.

En fait, ces derniers mois les chiffres étaient le centre d'intérêt.

Les chiffres intéressent et les chiffres dominent.

Nous suivons tous de très près l'évolution de la pandémie ici au Luxembourg, ainsi que dans le reste du monde.

Nous nous orientons, pour ce faire, à une partie de paramètres qui ont gagné une énorme importance: le nombre des nouvelles infections, le nombre des hospitalisations, le nombre des patients COVID-19 en soins intensifs et également le nombre des décès.

Au Luxembourg nous avons appris qu'il faut établir des relations entre le nombre de nouvelles infections et le nombre de tests effectués.

Lors de limitations des rassemblements nous avons aussi avancé des chiffres. Nous avons déterminé le nombre de personnes pouvant se rassembler dans le privé et le public, le nombre de personnes ayant le droit de s'asseoir à une même table et la distance à laquelle les personnes doivent se tenir les uns des autres.

C'est la première fois qu'on discute aussi longtemps et de façon aussi intensive de chiffres; et l'impact de cette pandémie sur notre économie, notre société et nos finances publiques se résume par des sommes et des pourcentages.

Aujourd'hui et demain on parlera beaucoup des chiffres car elles sont utiles pour comparer et pour illustrer la situation à laquelle nous sommes confrontés.

Avant de parler des chiffres, parlons des personnes.

J'ai, comme nous tous, dans les derniers mois, lu, vu et entendu toute sortes de choses. Je l'ai dit en juillet sur cette place et je le répète: je défends la stratégie que le gouvernement - en grande partie avec le soutien de la Chambre - a choisi dans la lutte contre ce virus. Bien sûr, nous avons beaucoup appris depuis, et certaines décisions prises peuvent être jugées différemment, mais au moment même et avec le niveau de connaissance disponible dans le temps, nous avons pris les décisions et les mesures adaptées et nécessaires.

A posteriori, les chiffres nous donnent raison.

Il est hors de question que des vies humaines ont été sauvées et que de nombreuses personnes ne sont pas tombées gravement malades parce que nous avons agi rapidement, de façon déterminée et efficacement.

Il est aussi hors de question - et ça n'a jamais été dit autrement - que pour la grande majorité de la population le COVID19 ne présente pas de risque majeur. Pourtant, il est très dangereux, voire mortel, pour une minorité de la population et c'est cette minorité qui compte.

C'est le rôle de la politique et de la société de protéger cette minorité et ça ne doit pas nous laisser indifférents de pouvoir protéger des milliers de vies humaines.

La semaine dernière j'ai reçu un monsieur dans mon bureau qui a été testé positif cet été et qui en a souffert beaucoup. Cette personne est dans sa quarantaine, sportif, mène une vie saine et n'a pas d'antécédents médicaux connus. Pourtant, il est rapidement tombé malade. Le taux d'oxygène de son sang est tombé à certains moments de 70% et il m'a décrit comment il a eu mal à la tête, puis de la fièvre et finalement des difficultés respiratoires.

Il a été transporté en ambulance à l'hôpital, où il a reçu des soins intensifs. Il m'a également décrit ses pensées en ce moment, il s'est demandé si sa famille s'en sortirait, au cas où il ne survivrait pas. Il voulait leur dire adieu, parce qu'il n'était pas convaincu de gagner la lutte contre le COVID-19. Pourtant, il se sentait bien pris en charge, ce que lui a beaucoup aidé. Le personnel à l'hôpital ne fait pas seulement son travail, mais il accompli une mission en soutenant les patients et en leur montrant qu'ils dépasseront la maladie ensemble.

Il a survécu la maladie, mais il dit qu'il est loin de la forme qu'il avait avant le COVID-19, pratiquer du sport est hors de question. Un homme de 46 ans sans antécédents médicaux connus. Un homme en parfaite santé.

Il m'est toujours incompréhensible que certains pensent qu'il s'agit d'une grippe banale. C'est vrai en principe pour les petits enfants et nous pouvons nous en rejouir.

Pourtant, pour les adultes le COVID-19 est 3 à 13 fois plus dangereux qu'une grippe saisonnière. C'est un fait scientifique, prouvé empiriquement.

Il faut aborder les faits objectivement et il n'est pas opportun de dramatiser, mais il est aussi irresponsable de dédramatiser et de banaliser le danger. Je me réjouis du fait qu'on n'a pas suivi le parcours de certains pays où le nombre de décès, vu proportionnellement, est deux, trois, voire quatre fois plus haut que chez nous. Sans parler des nombreuses personnes qui souffrent encore pour un long temps des effets secondaires.

Il est aussi difficile d'endurer quand des experts vous disent combien des victimes avaient un âge avancé et quelle aurait été leur espérance de vie sans cette maladie pulmonaire.

Nous avons le devoir de protéger les humains et de tout faire pour sauvegarder les vies humaines. Point.

Il n'y a rien qui a plus de valeur qu'une vie humaine et il n'y a rien de pire que de perdre quelqu'un de cher.

Au cours des quatre dernières semaines j'ai visité plus de 50 grandes et petites entreprises. Des personnes qui se sont fait indépendants tout récemment et des personnes qui ont voulu prendre la retraite mais qui ne peuvent pas, pour cause la pandémie.

J'ai visité des structures sociales, des écoles, des maisons de soins et de retraite, ainsi que des hôpitaux, j'ai parlé avec les responsables d'ONG, d'associations, de fédérations, de syndicats, des représentants du patronat, maires, police, pompiers et l'armée. J'ai eu une douzaine d'entretiens avec des personnes affectées directement et indirectement par cette crise. J'ai rencontré des personnes qui ont perdu un membre de leur famille, des personnes qui ont sauvé des vies, des personnes qui sont au bord de la faillite et des personnes qui ne voient plus d'issue à la crise. Et j'ai vu des personnes qui rayonnent d'espoir et remontent les manches pour continuer dans leur chemin.

L'image que j'ai eu n'ai sûrement pas complète et je suis conscient du fait qu'on nous ne dit pas toujours toute la vérité. Pourtant, ce sont une partie d'impressions et messages qui peuvent être résumés:

1. Ensemble nous avons réussi, d'un point de vu sanitaire, à bien passer à travers cette crise. Le Luxembourg fait partie des pays dont le système de santé n'était en aucun moment et n'est toujours pas saturé. Le nombre d'infections a varié, mais la pression sur nos hôpitaux est depuis des mois invariablement basse. C'est important, parce que ça donne confiance pour le futur.

2. Nous avons également réussi à stabiliser les entreprises. De par le chômage partiel, les congés pour raisons familiales, les aides financières directes et indirectes, le pire a pu être évité et il n'y a pas d'explosion du chômage.

3. Les effets secondaires de la crise et surtout du lockdown - qui ne sont pas négligeables - sont restés plutôt gérables. Dans ce contexte, les services qui s'occupent des familles et enfants m'ont reporté qu'il était très important d'avoir assuré un encadrement au pic de la crise en avril. Il y avait très peu d'enfants vivant dans un environnement plus difficile qui n'ont pas été encadrés par l'Office national de l'enfance et autres services. Ceci a évité des potentielles conséquences à long terme.

4. Malgré tout, il règne aussi le sentiment de l'insécurité. Cette sensation est présente dans tous les secteurs, que ce soit dans l'économie, le secteur social, à l'école ou parmi la population. Il ne faut pas le sous-estimer ou le minimiser. Les gens se posent des questions sur le futur et sur les perspectives pour les prochains mois. Nous avons la mission de leur donner une réponse et de rester engagés.

En ce qui concerne le volet économique, nous avons dans une première phase libéré un paquet de stabilisation de 10,4 milliards d'euros. Afin de soutenir à moyen- et long terme cette initiative a été, dans une deuxième phase avec le "Neistart Lëtzebuerg" complété avec un paquet de 800 millions euros.

L'instrument le plus fort et le plus important mis à disposition par l'État était sans aucun doute le chômage partiel.

Jusqu'à aujourd'hui, des demandes de 14.810 entreprises ont été acceptées. 375.196 salaires ont été ainsi assurés et très rapidement 807 millions d'euros ont été payés.

Nous avons également veillé à ce qu'aucun des salariés en chômage partiel ne tombe en dessous du seuil du salaire minimum. C'était un signe clair de solidarité nationale avec les personnes financièrement faibles de notre société.

Des aides directes en hauteur d'environ 200 millions d'euros ont également été versées. 2.500 euros pour les indépendants, puis 3.000 et 4.000 euros supplémentaires pour les indépendants.

Dans une première phase, 5.000 euros ont été versés pour les PME, puis 5.000 à 12.500 euros supplémentaires par entreprise. Des possibilités de déductions fiscales ont été créées pour les pertes dues au loyer, des avances ont été versées, des moratoires sur des prêts bancaires et auprès de la SNCI ont été accordés. Il y a eu des aides pour les start-ups, pour les artistes, pour la presse et une mesure clé était certainement le congé pour raisons familiales, qui permettait aux gens de rester à la maison avec leurs enfants, sans que cela ne se fasse au détriment de l'employeur ou des employés.

Dans un deuxième temps, nous avons soutenu la relance économique des secteurs les plus vulnérables, avec des aides directes au commerce de détail et à certaines parties du secteur de l'artisanat et le Fonds de relance et de solidarité, notamment pour les secteurs de l'Horeca, de l'événementiel et du tourisme.

Une initiative, dont on prétendait qu'elle ne serait qu'un "gadget", est devenue un grand succès. À ce jour, plus de 60.000 bons ont été échangés dans des hôtels et des campings au Luxembourg. Soit plus de 60.000 personnes qui ont bénéficié de l'offre locale cette année et qui ont ainsi aidé les entreprises du secteur à survivre cette période difficile.

Les différentes mesures ont contribué à maintenir l'emploi et à stabiliser le pays et son économie.

La question qui se pose maintenant est de savoir comment procéder à ce plan.

Au niveau européen, nous nous sommes efforcés de faire en sorte que nous puissions payer une aide supplémentaire, au cours de cette année, aux secteurs où la reprise est lente, voire inexistante.

Nous avons obtenus cet après-midi le feu vert de Bruxelles pour aider ces secteurs de manière très spécifique. Ceci est bien plus qu'une simple modalité, car les règles en matière de concurrence et d'aides d'État sont un instrument central de la Commission européenne, où il est important de prendre des précautions. Mais nous vivons des moments extraordinaires et nous sommes d'accord avec d'autres partenaires européens pour dire qu'une réponse extraordinaire est nécessaire. Nous le faisons parce que nous savons que ces branches - je parle de l'hôtellerie, de l'événementiel, du tourisme et des traiteurs etc. - ont un modèle économique qui fonctionnera à nouveau normalement après le coronavirus. Nous avons tous la responsabilité d'aider les entreprises, qui sont principalement saines et qui l'étaient également avant la crise, à traverser cette période difficile, afin qu'elles soient prêtes pour reprendre leurs activités par après.

Tous ces secteurs n'ont généralement pas de problèmes structurels, mais ils sont victimes de cette situation sanitaire très particulière.

Dans cette optique, nous prévoyons de reconduire le Fonds de relance et de solidarité jusqu'à l'année prochaine, dans les mêmes conditions et pour les mêmes entreprises que celles prévues précédemment dans le fonds, c'est-à-dire les secteurs qui ont été particulièrement touchés.

Nous allons également mettre en place une nouvelle aide directe qui permettra aux entreprises des secteurs vulnérables de compenser une partie des coûts supportés, lorsqu'elles ont subi des pertes de 30% ou plus de leur chiffre d'affaires.

En outre, nous allons mettre en place un régime supplémentaire pour primo-créateurs, c'est-à-dire un régime pour les personnes désirant créer une entreprise, car c'est surtout en temps de crise que le courage des personnes, qui osent se lancer dans l'entreprenariat, doit être honoré et nous devons les soutenir sur leur chemin vers l'indépendance. Ces initiatives vont créer l'emploi de demain.

Le travail à temps partiel sera également poursuivi au-delà du 31 décembre 2020, principalement pour les entreprises des secteurs vulnérables, mais aussi pour d'autres entreprises qui ont connu des difficultés en raison de la pandémie. Chaque personne que nous pouvons ainsi sauver du chômage coûtera moins cher à l'État à long terme. Mais c'est surtout la cohésion sociale qui est au premier plan de ces mesures.

Toutefois, il faut également veiller à ce qu'aucune situation de concurrence déloyale ne se présente. Les modalités exactes seront discutées comme auparavant avec les partenaires sociaux dans le cadre du Comité de conjoncture.